J’ai eu le plaisir de rencontrer Hélène, enseignante à Genève, à qui j’ai pu poser beaucoup de questions que vous me soumettez soit par e-mail soit dans les commentaires. Et comme souvent, il y avait plein de choses que je ne savais pas. Hélène m’a donc beaucoup appris sur les spécificités genevoises et c’est ce que je veux partager avec vous aujourd’hui.

 Bonjour Hélène, je te laisse te présenter.

J’ai 32 ans et j’enseigne actuellement le français au Cycle d’Orientation (« collège » pour les Vaudois ou les Français), en 9e et 10e années Harmos dans un établissement de la banlieue genevoise. Mes élèves ont entre 12 et 16 ans. J’enseigne depuis six ans dans le même établissement.

Quel a été ton parcours ?

Après un Bachelor en philosophie et en histoire, j’ai enchaîné par un Master puis démarré une thèse en histoire que j’ai abandonnée au bout de deux ans, même si enseigner à l’Université m’avait plu. J’ai ensuite fait un complément d’étude en français (un bachelor condensé sur deux ans) afin de pouvoir l’enseigner.

Voilà pour ma formation académique.

Pour la formation pédagogique à l’IUFE, j’ai obtenu un Master en pédagogie qui me permet d’enseigner le français au secondaire I et II. Ce diplôme ne permet d’enseigner que dans le canton de Genève contrairement au Master de la HEP Vaud par exemple qui permet d’enseigner dans toute la Suisse. Si je voulais enseigner l’histoire, je devrais repartir une troisième année sur les bancs de l’IUFE, pour y apprendre la didactique de l’histoire.

Que penses-tu de la formation pédagogique ?

Comme beaucoup, je serais gentille si je disais qu’il y a 25% de bon, 25% de moyen et 50% de remplissage dans cette formation. J’avais environ 12 heures de cours par semaine en didactique du français, psychologie de l’élève, histoire de l’éducation etc.

C’est un peu la même chose dans le Canton de Vaud…

Par moment, c’est assez frustrant car on nous demande beaucoup de travaux à la fois : c’est très chronophage et les cours sont souvent éloignés de notre quotidien d’enseignant, guère concrets … alors que le temps nous est précieux pendant ces deux années… mais bon c’est passé…

Les futurs enseignants sont-ils rémunérés durant leur formation ?

Sauf erreur, actuellement, lors de la formation pédagogique les futurs enseignants donnent 6 heures de cours la première année puis 12 heures la deuxième année. Cela permet aux étudiants d’être rémunérés à hauteur d’un 25% la première année puis d’un 50% la deuxième année. Quand j’ai fait ma formation pédagogique, c’était un peu différent, puisque je pouvais enseigner à 50 % durant les deux ans.

Aujourd’hui, quelle est ta dotation horaire ?

J’enseigne à 80%, ce qui me permet de bien m’en sortir financièrement. Mais bon, je n’ai pas d’enfant. C’est peut-être différent avec une charge de famille.

Quand on enseigne entre 20-24h, on est rémunéré à 100% puis entre 16-19h à 80% puis entre 13-15h à 63%.

Ca veut dire qu’un enseignant qui enseigne 17 périodes touche le même salaire qu’un enseignant qui en fait 19 ?

C’est ça, cependant cela va quand même sur une réserve de carrière dont je ne maîtrise pas vraiment les tenants et les aboutissants.

Quelles sont tes perspectives de carrière ?

Continuer à enseigner au Cycle d’Orientation, mais en diversifiant les classes où j’exerce. J’envisage d’enseigner soit dans des classes d’accueil pour des élèves allophones soit dans une classe atelier.

C’est quoi une classe atelier ?

C’est une classe où les élèves sont en grande difficulté scolaire et sont à 6 par classe. Un vrai challenge pédagogique en perspective.

C’est vrai, dans le canton de Vaud, je crois savoir que ces classes sont confiées à des enseignants spécialisés.

Enfin je verrai plus tard, sinon j’envisage aussi, dès que j’aurai pris un plus d’assurance, un poste de doyenne.

Qu’est-ce que t’apporte ce métier ?

Je tente d’apprendre la patience et l’humilité. J’aime voir mes élèves progresser et surtout la relation pédagogique que l’on peut avoir avec les ados. C’est cette étincelle qu’ils ont dans leurs yeux quand ils comprennent qui me motive.

Et ce que tu aimes moins ?

Ce que j’aime moins, c’est faire de la discipline avec des élèves au comportement hors norme ou enseigner à des ados dont le niveau est tellement faible que je me sens parfois totalement démunie.

Pourquoi enseignes-tu au collège plutôt qu’au Gymnase ?

Je préfère les jeunes qui bougent…mais faudrait pas trop leur dire… et enseigner le français technique, la langue, à la littérature.

Quels conseils aurais-tu pour un enseignant débutant ?

Faire beaucoup de remplacements au début pour être sûr qu’il s’agit bien de quelque chose qui nous plaît. C’est surtout pour éviter de commencer de longues études avec une vision biaisée du métier. Et c’est très formateur ! On apprend à s’affirmer, à gérer les imprévus etc.

En classe, il ne faut pas négocier et éviter de crier, donner du travail en quantité suffisante, filtrer l’entrée en classe en accueillant les élèves dès la porte d’entrée. Je pense aussi qu’il faut savoir être juste, c’est-à-dire que des éléments du règlement tels que l’interdiction du téléphone portable dans les couloirs et en classe, je me les impose à moi aussi. Pour avoir l’heure, j’utilise ma montre et pas mon téléphone, puisqu’il est interdit dans le bâtiment.

Quel élément t’a permis de progresser dans ton métier ?

La pratique, jour après jour, l’expérience du terrain. Ce qui fait que je suis meilleure enseignante qu’à mes débuts c’est que je me sens aussi soutenue par ma direction et dans mon droit lorsque j’agis. Je vacille donc moins. Je me sens bien dans la fonction que j’exerce.

Merci beaucoup pour cette interview, Hélène. Les lecteurs peuvent-ils écrire et te poser questions dans les commentaires ?

Bien sûr, je serais ravie de les renseigner davantage.

 

 

Commentaires

  1. Maria
    Répondre

    Bonjour, je suis bachelière en sport j’ai fait mes études en Belgique où j’ai beaucoup travaillé dans le spécialisé. Où puis-je me renseigner pour suivre une formation en tant que maîtresse spécialisée car ici mon diplôme ne me permet pas d’y enseigner.
    Merci

  2. Raph
    Répondre

    Bonjour Hélène et Xavier,

    Merci beaucoup pour cette interview ! En vous lisant, quelques questions me viennent.

    En ce qui concerne la diversification des pratiques, est-ce que ces classes relais ou allophones sont présentes dans votre établissement, ou bien cet enseignement vous amène à le quitter ? Devez-vous obtenir un diplôme complémentaire ?

    Est-ce que vous suivez des actions de formation continue, également, dispensées par l’IUFE ou par le DIP ?

    Enfin, est-ce qu’il y a également des dotations horaires plus basses que 63% ? Si oui, est-il possible d’enseigner dans deux établissements à 40% chacun, par exemple ?

    Merci à vous, si vous trouvez le temps de me répondre !

    • Xavier
      Répondre

      Bonjour,
      Il y a des classes relais dans presque tous les établissements mais il est possible d’enseigner à temps partiel sur deux établissements. Il n’est pas nécessaires d’avoir un diplôme complémentaires mais c’est vivement recommandé.
      Bonne suite,
      Xavier

  3. Maria
    Répondre

    Bonjour!
    Je suis grecque, enseignante de l’école primaire, avec un master en France. Je suis en train de faire les démarches pour la reconnaissance de mon diplôme et je voudrais d’abord faire des remplacements. Je me suis inscrite dans le site de DFJC, mais je n’ai eu aucun appel. Je me demande si c’est parce que je suis étrangère, ou est-ce qu’il faut faire quelque chose de supplémentaire?
    Merci!

  4. Losfeld
    Répondre

    Bonjour,
    Professeur d’anglais avec le CAPES en France, je serais tentée par l’expérience d’enseigner en Suisse, ne serait-ce que pour un temps. Est-il vrai que tous les enseignants suisses enseignent au moins deux matières? Est-il possible d’enseigner uniquement une seule car je me sentirais incapable d’enseigner autre chose que l’anglais? Être frontalière domiciliée en France serait-il un frein pour être recruté par une direction d’école à Genève ou dans le Vaud? Merci et bonne année, Angela

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